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L'APPROCHE INTERNAUTE ET LE FLE

 

Dr. Mona Mpanzu

Prof. MONA MPANZU

 


 

INTRODUCTION 

A l'heure actuelle où presque tous les champs de savoirs scientifiques connaissent un grand essor, il nous arrive à l'esprit un profond désire qui nous entraine finalement à repenser l'enseignement et l'apprentissage des langues dans le cadre d’une perspective historique ainsi que par rapport aux nouveaux modes de travail rendus possibles par les technologies de l’information et de la communication.

Dans  cet article, au sein de toute une gamme vaste de nouvelles technologies, c’est l’Internet et bien sûre son intégration dans l’Enseignement/Apprentissage qui retiennent toute notre attention. En principe, l’utilisation d’Internet en classe de FLE constituerait  un avantage seulement dans la mesure où elle contribuerait à développer la compétence de communication des apprenants. Utiliser l’internet en classe, ce n’est pas lire sur un écran chacun dans son petit coin et faire une série de redondance de clics.

Alors, il faudra bien calibrer cette utilisation et essayer de la théoriser sous une perspective didactique en vue d'en tirer le plus grand profit pour enfin fasciner et susciter « le désir d’apprendre » de chez les apprenants.

 

I. L'APPRENANT, L'ENSEIGNANT ET L'ORDINATEUR 

 

Nous voulons analyser ici le rapport qui se révèle dynamique aujourd'hui entre les trois éléments haut-cités.  S'agit-il d'un nouveau triangle didactique comme s’interroge Mangenot ou d'un simple passage obligé à l'heure où le multimédia dans la didactique des langues connait un  grand essor?

 

1. L'apprenant

 

La réalité actuelle nous oblige de constater que, dans la classe dite traditionnelle, c'est le professeur qui trop souvent accapare encore plus de la moitié du temps de parole et que toutes les interactions ont un passage obligé par sa personne. En outre, comme le constate Mangenot, c’est «la pédagogie de la question/réponse»[1] qui est utilisée, une pédagogie qui se veut peu communicative puisqu'un des deux interlocuteurs attend déjà une réponse bien précise.

De nos jours, la didactique des langues réclame des approches plus interactionnelles et actionnelles; c'est ainsi que le CECR opte déjà pour la perspective actionnelle: «La perspective privilégiée ici est, très généralement aussi, de type actionnel en ce qu’elle considère avant tout l’usager et l’apprenant d’une langue comme des acteurs sociaux ayant à accomplir des tâches (qui ne sont pas seulement langagières) dans des circonstances et un environnement donnés, à l’intérieur d’un domaine d’action particulier. Si les actes de parole se réalisent dans des activités langagières, celles-ci s’inscrivent elles-mêmes à l’intérieur d’actions en contexte social qui seules leur donnent leur pleine signification. Il y a « tâche » dans la mesure où l’action est le fait d’un (ou de plusieurs) sujet(s) qui y mobilise(nt) stratégiquement les compétences dont il(s) dispose(nt) en vue de parvenir à un résultat déterminé. La perspective actionnelle prend donc aussi en compte les ressources cognitives, affectives, volitives et l’ensemble des capacités que possède et met en œuvre l’acteur social»[2].  

Cette exigence du CECR amène vers l'utilisation de plusieurs ressources dont l'Internet figure parmi les plus utilisées. Avec l'évolution des technologies, les étudiants ont accès à Internet depuis les années 1990 dans les Universités. Et aujourd'hui partout avec les terminaux mobiles (téléphones portables, ...).  

Les étudiants d'aujourd'hui sont finalement devenus des "apprenants digitaux ", ils utilisent abondamment les médias. On peut même imaginer une moyenne de plus de 62 heures par semaine dans le contexte angolais. Avant leur entrée à l'école, on trouve déjà des enfants qui naviguent sur la toile et font plusieurs choses en même temps (multitâches).

 

2. L'enseignement

 

Pour le rôle de l’enseignant, celui-ci devient un guide, un conseiller. Il va circuler entre les groupes, apporter des réponses personnalisées, des corrections individuelles mais aussi des conseils ou des explications correspondant à chaque situation d’apprentissage. Il n’est plus le détenteur du savoir puisque tout se trouve sur Internet. En revanche, il est le garant du déroulement de l’activité, le maître d’œuvre de la tâche. C’est un rôle extrêmement gratifiant, de par les échanges personnalisés et privilégiés qui se mettent en place avec les apprenants.

Soulignons au passage que ce nouveau rôle est beaucoup plus exigeant que le rôle traditionnel : «il demande un bon niveau de formation, beaucoup de temps de préparation, puisqu'il faut trouver des tâches intéressantes à faire réaliser par les apprenant, et une présence sans faille pour ce qui concerne le soutien et l'évaluation»[3].

Ce constat de Mangenot nous amène vers l’impression d’une réponse adressée à certains enseignants progressistes (passionnés par le modernisme) qui ne cessent de soutenir que les approches modernes sont apparemment plus aisées que les traditionnelles. En effet, il est malaisé de faire un tel rapport mais il est aussi prudent de souligner que, pendant cette ère d’éclectisme méthodologique que nous traversons, on exige plus de l’enseignant qu’autrefois. D’où, l’exigence d’une bonne formation initiale et d’une excellente qualité de son savoir-faire imprimé dans ces pratiques de classe.

  

3. L'ordinateur dans une situation pédagogique

 

L’ordinateur est souvent défini comme une machine électronique ayant comme fonction, la lecture séquentielle d'un ensemble d'instructions qui lui font exécuter des opérations logiques et arithmétiques sur des chiffres binaires.

Ce terme (ordinateur) est très présent dans les années 1980; il a tendance à être remplacé par multimédia dans la décennie suivante, suivant en cela l’évolution des matériels. Outre le fait qu’il entre dans la composition de l’acronyme[4] EAO (Enseignement Assisté par l'Ordinateur), le terme d’ordinateur apparaît comme un «auxiliaire de créativité», un «auxiliaire de l’enseignant» ; il permet un «enseignement interactif»[5]

On s'interroge aujourd'hui sur le rôle de l'ordinateur dans une situation enseignement-apprentissage par Internet[6]. L'ordinateur n'est, à notre avis, absolument pas amené à occuper la place du professeur (un des sommets du triangle didactique). Sa place est plus complexe, tantôt diffuseur de savoirs, tantôt pourvoyeur de consignes,  tantôt outil de communication.

Au-delà des outils, il faut s'intéresser aux usages ! Les technologies ont un potentiel cognitif important, mais il faut aller au-delà de pédagogies expositives. Il faut être conscient que cela prend du temps, que parfois ça ne fonctionne pas, mais que c'est nécessaire pour mieux préparer les citoyens de demain.

 

II. L'INTERNET EN CLASSE DE LANGUE  

 

Aujourd'hui dans les pratiques de classe, on assiste à une fascination de plus en plus accrue de professeurs pour l'Internet. Cette passion se justifie en raison des multiples possibilités d’exploitation pédagogique que cet outil offre que ce soit pour la préparation des cours, pour l’utilisation en classe de langue ou pour l’auto-apprentissage. Ce constat nous oriente, d'emblée, vers l'impression d'une mise à jour des nouveaux modèles didactiques.

 

1. L'Internet suscite-t-il de nouveaux modèles didactiques ?

 

L'Internet est en train de prendre une telle place dans la vie économique et sociale que l'enseignement ne peut plus l'ignorer. Il y a déjà des tendances dans certains pays d'en généraliser l'utilisation. Et pourtant, il y a encore d'autres qui hésitent et se demandent si tout cela n'est pas un peu précipité, si ce média est bien un outil approprié à l'enseignement, car, disent-ils, l'information n'est pas le savoir et les savoir-faire didactiques sont encore dans un état embryonnaire.

Néanmoins, il reste vrai que l'Internet, allié à l'ordinateur, constitue un support nouveau et performant pour la diffusion de l'information, et il finira par s'imposer à tous, au même titre que le papier et la bande magnétique. Les partisans de la transmission orale n'ont pu empêcher le papier imprimé de prendre une place prépondérante dans la propagation de l'information et de la connaissance. Il en fut de même de la radio (domaine de la transmission orale), de la télévision (domaine de l'image et de la parole) et maintenant de la Toile (domaine de l'écrit, de l'image et - parfois déjà - de la parole). On n'imagine pas l'école sans image ni papier, ni bientôt sans l'Internet pour la consultation, l'écriture, la publication, la communication.  

A la lumière de ce constat, il faut comme l'insiste F. Mangenot, «que les enseignants acceptent de "remettre en question leurs croyances pédagogiques" (professeur comme unique source de savoirs, pratique de la classe organisée autour de la parole du maître) d'autre part que "les gestionnaires [soient] disposés à apporter des changements structurels dans le milieu de travail des enseignants qui ont pris la voie du renouveau"».[7] Bref, la société tend vers une utilisation généralisée des ressources internet dans le système éducatif. Cela va/est entrain de susciter de nouveau modèles des cours. Il semble en effet difficile d'utiliser ces nouvelles ressources sans envisager le moindre changement des conditions d'organisation spatiale et temporelle de l'enseignement. Il s'agit sans doute du principal défi à relever si l'on veut parvenir à une utilisation d'Internet (et, plus largement, des TICE) véritablement intégrée aux cursus de langues.

 

2. l'internet et l'universalité du réseau: une nouvelle valeur

 

Alors que l'arrivée des appareils de radio à transistors avait assuré l'universalité de la réception (notion d'information), l'Internet assure, en plus, l'individualisation de l'émission: tous peuvent s'adresser à tous (notion de communication). La cherté et la fragilité de l'équipement constituent encore un frein à ce développement. Mais, comme pour la télévision et la radio, ce verrou économique finira par sauter, sauf si les opposants de TIC tentent de confisquer la propriété de l'outil. L'universalité de l'accession à ce nouveau média n'est, selon toute vraisemblance, qu'une question d'années. D'ici peu, chaque individu pourra faire connaître à qui veut l'entendre ou le lire toute information, toute connaissance, toute opinion. La conséquence la plus visible de cette nouvelle diffusion, c'est sûrement l'impossibilité de contrôler les contenus véhiculés par ce média. Il ya, comme on peut les constater, les réseaux du sexe, de pédophilie, les sites néo-nazis, etc. qui côtoient les innombrables sites réellement informatifs. D'autre part, la publication des articles et des ouvrages s'effectue sans délai, ce qui entraîne l'intensification des échanges d'idées et l'accélération des innovations, comme nous avons pu le constater à propos des TPE au cours de l'année 1999-2000.

 

CONCLUSION

 

De tout ce qui précède, on est obligé de constater que de nos jours, la présence de ressources multimédias est largement visible dans les institutions dispensant des cours de FLE ainsi que dans les centres d’autoformation guidée. De nombreux apprenants y ont recours dans les centres de ressources-médiathèques. En revanche, force est de constater aussi que ni les formules hybrides (cours en présentiel et séances complémentaires avec des outils multimédias), ni les entretiens conseils (autoformation guidée), au cours desquels les enseignants recommandent à des apprenants une utilisation individuelle de ces supports, ne se sont réellement imposés dans les pratiques. La raison principale de ce constat réside dans la méfiance que ressentent encore beaucoup d’enseignants face à ces ressources ainsi qu’au niveau d’implication qu’elles exigent (au moins dans un premier temps) pour les maîtriser.

 

REFERENCES  

[1] Mangenot, F (1996):L'apprenant, l'enseignant et l'ordinateur : un nouveau triangle didactique?,  in Linguaggi della formazione : l'informatica", l'IRRSAE

[2] CECR, p. 15

[3] Mangenot, F (1996) : Op. Cit.

[4] L’acronymie désigne l’abréviation d’un groupe de mots formée par la ou les premières lettres de ces mots dont le résultat, nommé acronyme, se prononce comme un mot normal; on parle aussi de lexicalisation lorsque l’usage de l’acronyme se généralise au point de ne plus être distingué d’un nom (et ne plus nécessairement être attaché à sa signification initiale).

[5] Ces trois expressions sont extraites des titres des articles du Français dans le monde, numéro spécial d’août-septembre 1988.

[6] Cf. MANGENOT, F (1996):L'apprenant, l'enseignant et l'ordinateur : un nouveau triangle didactique? in actes du congrès "Linguaggi della formazione : l'informatica", l'IRRSAE

[7] MANGENOT, F. (1998): Analyse de trois cédéroms de FLE", in Cahier de l'ASDIFLE N°9, "Actes des Rencontres sur le multimédia et le FLE, in Alsic, Vol.1, numéro 2, p. 141

 

 

Tag(s) : #DIDACTIQUE DES LANGUES

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