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 MONA MPANZU

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Actuellement, on assiste à une omniprésence des technologies dans l'enseignement. La pression est de plus en plus aiguë, de la part des apprenants / étudiants (plus rarement des collègues ou administrateurs). Egalement une pression de la société qui considère qu'il faut apprendre/enseigner/utiliser les technologies à l'école, et que cela bonifie l'apprentissage.

Même sans les utiliser pédagogiquement, les technologies entrent dans la salle de classe et rendent l'enseignement plus complexe. Avec Internet, les sources d'information sont plus nombreuses, plus accessibles et plus rapides. Les étudiants s'attendent à trouver cette commodité d'accès à l'information dans les cours...

Une mutation du rapport au savoir émerge. Auparavant, le savoir n'était représenté que par les livres, aujourd'hui on a plus recours à  l'Internet. On passe d'une logique de la diffusion du savoir à celle d'une navigation dans le savoir, d'une culture fondée sur la pensée linéaire à une pensée associative, une arborescence interactive. Ces changements amènent de la complexité, mais peuvent être très stimulants !

Mais alors, si la didactique du FLE est, comme le constate déjà Maguy Pothier, «la seule didactique des langues à s’être développée dans un cadre non scolaire, ce qui lui confère "une certaine originalité et une indépendance qui ne sont pas sans intérêt"», et si l'on met en évidence le grand essor que cette didactique connait aujourd'hui par rapport à l'intégration pédagogique de TICE dont l'internet figure parmi les plus passionnantes, peut-on alors penser au surgissement d'une nouvelle méthodologie (méthodologie internet) et confirmer déjà son existence?

Comme il arrive presque toujours lorsqu’un nouveau champ de la connaissance humaine se fait jour, les acteurs de ce champ s’empressent de créer des étiquettes afin de décrire les concepts nouveaux, mais aussi de circonscrire et de défendre leur territoire. Dans un domaine comme celui des Nouvelles Technologies, où l’évolution technique est extrêmement rapide, où les usages fluctuent et se multiplient, on constate une inévitable labilité des terminologies. Les Nouvelles Technologies sont elles-mêmes un vecteur non négligeable de propagation des néologismes en tout genre qu’elles produisent.

En tout état de cause, au regard de l'état actuel des expérimentations, il semble encore trop tôt pour parler de méthode de langue qui utiliserait le support Internet de manière suffisamment caractérisée, voire exclusive. D'ailleurs, Sachiko KOMATSU affirme que «… l’utilisation d’internet ne constitue pas en elle-même une méthode, internet étant un médium où une variété de méthodes, approches et philosophies pédagogiques peuvent être mise en œuvre».

Cependant, des indices montrent qu'on s'achemine vers la constitution d'une nouvelle méthodologie. En effet, ce support permet à la fois d'effectuer des activités d'entraînement grammatical, de travailler sur des textes didactisés inhérents à différents niveaux et concernant des thèmes bien précis, de s'exprimer et de communiquer, essentiellement par écrit (mél), et bientôt oralement aussi. Les aides sont nombreuses et de différents niveaux, si bien qu'il est possible de concevoir des cheminements de plus en plus autonomes de sorte que chaque apprenant puisse tenter de se remettre à niveau ou d'approfondir certains apprentissages.

Cependant, cette forme d'apprentissage s'accommode mal des conditions de travail et des finalités de la formation en lycée et à l’université. Aussi ne voit-on pour le moment que des essais d'intégration de l'Internet dans un nouveau type de laboratoire de langue, ce qui permet une individualisation du travail à certaines heures, mais pas encore une autonomisation des apprenants.

Par contre, l'utilisation de l'Internet en classe de langue au lycée et à l’université peut s'envisager dans un modèle didactique de "réalisation sur projet". La recherche de documents en vue de la constitution d'un dossier individuel ou collectif s'apparente au travail documentaire de traque de l'information pertinente, suppose un énorme travail de lecture et un savoir-faire conséquent que l'école devrait aider à acquérir par étapes.

Quelques enseignants s'y emploient. La facilité de l'échange d'informations devrait accélérer le processus d'élaboration de cours, puis la diffusion des comptes-rendus d'expériences.

Tout compte fait, on peut attendre de l'outil Internet une plus grand efficacité dans l'enseignement/apprentissage des langues, grâce aux possibilités de différenciation, de la lecture en hypertexte (si l'élève est animé par le désir de trouver un renseignement qui l'intéresse), des genres de textes très divers, etc. mais à condition que les enseignants de collège et de lycée élaborent une mise en autonomie progressive de leurs élèves et intègrent aux dispositifs de nombreuses séances de mise en commun. L'enseignement ne peut totalement se désincarner : l'existence de groupes réels, avec des séances de débats argumentés, semble indispensable à toute formation d'adolescent dans le cadre d'une discipline de lycée. C'est pour cette raison que, même s'il faut envisager de nouveaux modèles didactiques de l'enseignement des langues, l'Internet restera un support parmi d'autres, dans l’éventail d'outils dont dispose le professeur de langues pour s'adapter le mieux possible à la diversité d'apprenants qu'il retrouve en classe.

 

POTHIER, M. (2003): Analyse de Multimédias, dispositifs d’apprentissage et acquisition des langues,  in ALSIC, Vol. 6, Numéro 2, p. 128

KOMATSU, Sachiko (1998) : Multimédia et l'enseignement/apprentissage du français, in Cahiers d'études françaises, no.3, l'Université Keio p. 116

Tag(s) : #DIDACTIQUE DES LANGUES

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